Valérie Belin a un malin plaisir à vider les êtres de leur substance. En revanche, lorsqu'elle photographie des objets, elle leur donne une aura, une vie interne, quelque chose qui précisément fait défaut aux humains. Ses portraits de top-modèles, indifférentes, au regard creux, désincarné, sans pensée, ont moins de vie que ceux de ses mannequins en Celluloïd, méditatifs, curieux et séducteurs. A la fois spectaculaires et dépouillées, ces images imposent à notre regard de se tenir à bonne distance. Elles intimident.
L'artiste travaille sur des séries aussi variées que les miroirs de Venise, les vases de cristal, les carcasses de voitures, les moteurs, des portraits de femmes noires, de bodybuilders ou de sosies de Michael Jackson... Dans ces séries - de deux à douze images -, humains et objets sont traités selon le protocole froid, répétitif et neutre d'un Photomaton. De ses carcasses de voitures accidentées, démembrées et de ses moteurs qui évoquent un système digestif avec leurs tuyaux enchevêtrés surgit une vie faite de violence, de passions, de désirs et de singularités. Toutes choses dont ses humains sont démunis. Eux ont basculé dans le règne aseptisé de l'objet, de la reproduction à l'identique. Ils nient leur propre identité pour disparaître dans le corps d'une star - les sosies de Jackson -, dans le corps standardisé de la mode - les top-modèles - ou le corps hypertrophié des culturistes. Tous cherchent à coller à un idéal individuel ou social - y compris les mariées marocaines fondues, elles, dans le moule des habits traditionnels. L'individualité, le défaut, l'humain trop humain en sont bannis. La virtualité et le clonage l'emportent sur la réalité. La virtuosité de Belin à rendre quasi invisibles les fragiles frontières entre l'animé et l'inanimé, le masculin et le féminin (avec ses transsexuels), l'humain et l'inhumain est remarquable. Glaçant. Pour admirer d'autres oeuvres, cliquez ici : Valérie Belin
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L'image me fait penser à un autoportrait de Frida Khalo